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Décollage d’Ariane VA201 depuis la plage de Kourou

Encore un moment magique avec Ariane ! Cette fois, nous avons testé un nouveau poste d’observation : la plage de Kourou, l’objectif étant toujours de privilégier l’aspect familial. Pas question, encore une fois, de laisser les enfants de côté pour assister au spectacle ! Il faut dire que, pour les moins de 16 ans, les possibilités sont très restreintes avec les sites administrés par le Centre spatial guyanais (CSG pour les intimes) : seul le Mont Carapa est accessible en famille, pour des questions de sécurité des spectateurs.

Les autres sites en plein air sont plus proches du pas de tir (Agami et Toucan, respectivement 7,5 km et 5,1 km de la fusée) et donc susceptibles de recevoir des retombées acides après le décollage, surtout par temps de pluie. Il est bien évident que ce n’est pas la place de jeunes enfants, compte tenu des aléas (lesquels appellent, en cas de risque avéré, un repli stratégique dans les cars – affrétés pour l’occasion – sous la direction d’un agent du CSG). La salle Jupiter, quand à elle, est d’accès réglementé pour garantir la sûreté des opérations de décollage. Elle est réservée aux adultes sur invitation spéciale, avec vue imprenable sur le centre de contrôle, sortie en terrasse pour admirer le décollage aux premières loges et option champagne et petits fours en bonus, si le lancement s’est déroulé sans anicroche…

H0 – 30 minutes : en route !

Pas de stress, cette fois-ci. Aucun contrôle n’est requis pour se rendre sur la plage de Kourou, pas d’horaire limite, pas de numerus clausus… Il suffit de trouver le bon site d’observation. Or, Kourou est en bord de mer et s’étire sur une longue frange littorale : les plages ne manquent pas. Renseignements pris avec les locaux (c’est tout l’intérêt d’avoir des contacts sur place), c’est à la Plage des Roches qu’il faut se rendre. La route parallèle au front de mer y mène, en direction de la Tour Dreyfus, après avoir longé la Plage de la Cocoteraie (reconnaissable à ses très nombreux palmiers), et traversé le parking de l’Hôtel des Roches (on peut y stationner facilement). Des cars de police et des camions militaires s’y installent également le temps du lancement.

Nous voilà donc garés, bébé dans les bras, et cabas de supermarché en main (avec l’apéro, l’appareil photo, une petite radio pour suivre la chronologie du lancement et le nécessaire de puériculture), avançant d’un bon pas sur la grande plage. Le décollage est prévu à 18h37, ce qui devrait nous permettre une observation de jour (pour le vol 200, à Carapa, il faisait quasiment nuit). Autre changement notable : le ciel est bien dégagé et il devrait être facile de suivre l’intégralité de la trajectoire parabolique d’Ariane, jusqu’à la séparation des EAP (étages accélération à poudre = boosters). La dernière fois, il pleuvait à torrent cinq minutes avant le décollage et Ariane s’était rapidement enfoncée dans un horizon opaque et bouché, disparaissant de notre vue en moins de 30 secondes… Saisissant, mais un peu frustrant !

H0 – 15 minutes  : suspens…

Nous voilà confortablement installés sur l’une des barres rocheuses qui s’avancent dans la mer, perpendiculairement au rivage (elles se succèdent en une série de quatre ou cinq, distantes d’une cinquantaine de mètres). Les gens affluent progressivement et peuplent les rochers avoisinants. Ce n’est pas la foule pour autant : la densité est bien moindre qu’à Carapa et personne ne risque d’obstruer notre champ visuel. Zen.

Il ne reste plus qu’à patienter…

Et espérer ! Parce qu’Ariane n’en est pas à son coup d’essai pour le vol 201. La première tentative (avortée) était programmée le 30 mars au soir, et la déception fut à la hauteur des attentes : alors que le compte à rebours final était échu, le moteur Vulcain s’est embrasé mais les boosters sont restés muets. Un problème de tuyère pendant les 7 dernières secondes de contrôles automatiques a interdit, sur la ligne, l’allumage des EAP et mis un terme à la séquence de décollage. Une panne inédite ! Bien entendu, nous avions fait le déplacement (à Carapa, car nous étions accompagnés d’un visiteur de Métropole)… Il aura fallu trois semaines pour diagnostiquer le problème et y remédier (rien que la vidange des réservoirs sur le pas de tir a nécessité 25 heures, avant le retour de la fusée au bâtiment d’assemblage final).

H0 : c’est parti !

Mais cette fois-ci, pas d’anomalie. Les ingénieurs et les techniciens ont du souffler de soulagement, nous en avons pris plein les yeux ! Ariane décolle sur la pointe de la côte, en face des arrêtes rocheuses où se perchent les spectateurs. C’est logique : l’essentiel de sa parabole survole la mer, question de sécurité pour les populations.

De jour, l’allumage des moteurs est moins spectaculaire que de nuit : on a moins l’impression d’un déferlement brutal d’énergie qui embrase le ciel comme une explosion. Il faut dire, aussi, que sur la plage de Kourou, on est plus loin du pas de tir… Par contre, on ne manque rien de l’ascension de la fusée. L’horizon est entièrement dégagé et Ariane passe au dessus de nos têtes émerveillées, laissant dans son sillage un panache blanc et or de gaz de combustion. Qu’un rayon de soleil se prenne dedans, et c’est un tableau céleste qui s’offre à nous !

Rapidement, la boule de feu surmontée d’une ombre (le corps de la fusée) cède le pas à un sillon incandescent, traversant le ciel comme une comète.

Deux minutes se sont écoulées, le temps de prendre quelques photos mémorables, et déjà il est temps pour Ariane de larguer ses boosters. Elle est à 65 km d’altitude ! Vu du sol, on aperçoit alors trois petits points lumineux qui s’individualisent au sommet de la trajectoire. L’un poursuit sa route vers l’espace (c’est Ariane, propulsée sur son seul moteur Vulcain), et deux retombent de part et d’autre (ce sont les EAP, qui seront récupérés ultérieurement en mer).

Cerise sur le gateau : une minute plus tard, nous avons assisté à l’éjection de la coiffe. Il faut de bons yeux et de bonnes conditions météo, et l’on aperçoit alors deux minuscules éclats brillants supplémentaires, qui chutent dans le sillage de la fusée…

Ariane est sortie de l’atmosphère, fin du spectacle.

En savoir plus sur Ariane 5 ECA VA201

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